
Nefasto — Le discours symbolique à l'ère du langage statistique
En 1989, deux personnes écrivaient des programmes qui engendraient du langage à partir de la structure plutôt que du sens. L’une était Tim Berners-Lee, qui fit circuler cette année-là une note intitulée Information Management: A Proposal — le document qui allait devenir le World Wide Web. L’autre était un professeur dans un couloir de Medellín, qui écrivit cent lignes de Turbo Prolog pour se moquer de ses collègues. Le second, je le connaissais. Le premier, je l’ai appris plus tard, comme tout le monde. Mais les deux étaient plus proches en esprit que ne le laisse croire la distance entre Genève et l’Universidad de Antioquia. Tous deux pariaient que, si l’on réglait bien les relations — entre documents, entre mots —, le contenu se débrouillerait tout seul. Un pari a bâti l’internet moderne. L’autre a fini épinglé sur un tableau de liège, lu par des gens qui n’ont jamais compris que la plaisanterie, c’était eux. …