La Machine de Résurrection — Pourquoi le public demande toujours un bis

La Machine de Résurrection — Pourquoi le public demande toujours un bis

On ne peut pas tuer un récit en tuant celui qui le porte. C’est la leçon la plus ancienne de l’histoire du pouvoir, et elle n’est toujours pas comprise. Le bouffon prononce une vérité que le trône ne peut tolérer. Le pouvoir le réduit au silence. Mais au moment où ce silence se produit—l’arrestation, l’exil, l’exécution—quelque chose change. Le bouffon n’est plus une personne vivante qu’on peut contredire ou humilier. Il devient un martyr. Il devient intouchable. Le public, ayant assisté au drame, commence à le ressusciter. Sur des pancartes de protestation. Dans des histoires chuchotées. Dans le langage codé des opprimés. Le trône voulait tuer le bouffon. À la place, il a créé un symbole éternel. …

23 juin 2026 · 7 min · 1327 mots · Gonzalo Contento
Le bouffon, le pouvoir et Zarathoustra — Pourquoi tout trône engendre un fou, et pourquoi le tuer ne marche jamais

Le bouffon, le pouvoir et Zarathoustra — Pourquoi tout trône engendre un fou, et pourquoi le tuer ne marche jamais

Partout où le pouvoir se rassemble dans une seule paire de mains, une figure en habit bariolé apparaît à son côté et se met à rire. On lui permet ce que l’on ne permet à personne : railler la tête couronnée à un bras de distance, dire au dîner ce qui coûterait la sienne à un ministre. Nous rangeons le bouffon de cour parmi le décor médiéval pittoresque, quelque part entre la fauconnerie et la tapisserie. Il n’en est rien. C’est un organe structurel qui pousse partout où le pouvoir se concentre — comme pousse le cal là où l’outil frotte la main encore et encore — et il repousse longtemps après que nous sommes certains de l’avoir aboli. …

21 juin 2026 · 8 min · 1529 mots · Gonzalo Contento
L'Ingénierie du Désir — Bernays, le Spectacle et la Guerre des Récits

L'Ingénierie du Désir — Bernays, le Spectacle et la Guerre des Récits

Au début du vingtième siècle, la publicité énoncait une simple affirmation : ce produit remplit cette fonction. Un savon nettoyait ; une automobile transportait ; une cigarette était du tabac roulé dans du papier. La transaction était rationnelle, presque mécanique. Vous aviez payé pour l’utilité. Puis arriva Edward Bernays, et tout bascula. Bernays était un émigré viennois, le neveu de Sigmund Freud, et il arriva en Amérique porteur d’une connaissance périlleuse héritée du travail de son oncle : l’être humain n’est pas un acteur rationnel qui choisit entre des utilités. Nous sommes les réceptacles de l’impulsion irrationnelle—du désir inconscient, de la honte non examinée, de la pulsion jamais nommée. Nous sommes, en un certain sens, prévisibles précisément dans notre irrationalité même. …

11 juin 2026 · 9 min · 1845 mots · Gonzalo Contento
Anciens Indras, tous — les nations sont des outils géographiques, les empires des systèmes d'extraction, et la foudre n'a jamais été à vous

Anciens Indras, tous — les nations sont des outils géographiques, les empires des systèmes d'extraction, et la foudre n'a jamais été à vous

Aimé Césaire l’a écrit depuis Fort-de-France en 1950, dans son Discours sur le colonialisme, avec une précision que l’Europe métropolitaine a mis des décennies à digérer : la civilisation qu’on prétendait apporter aux colonies n’était que le nom poli donné à un système de pillage. Ce qui s’appelle “mission civilisatrice” dans les livres d’histoire s’appelle extraction dans les comptes de la Banque de France. La différence n’est pas dans le mécanisme — elle est dans le point de vue de l’observateur. …

18 mai 2026 · 7 min · 1291 mots · Gonzalo Contento