Retrouvailles avec Borges — Sur la découverte de mon propre style

Retrouvailles avec Borges — Sur la découverte de mon propre style

Pendant la plus grande partie de ma vie, j’ai lu Jorge Luis Borges comme on visite une cathédrale à laquelle on n’appartient pas : chapeau à la main, admirant la voûte, conscient que l’édifice n’a pas été construit pour vous. Un labyrinthe à parcourir et à décrire de l’extérieur, pas une voix à habiter de l’intérieur. Quelque chose a changé. Je ne sais pas nommer la cause — l’âge, la distance prise avec les livres qui m’avaient autrefois impressionné pour de mauvaises raisons, ou simplement assez de relectures pour cesser de jouer la révérence et commencer réellement à écouter — mais en y revenant maintenant, je le trouve sobre plutôt qu’ornemental, et je surprends sa cadence guider tranquillement mes propres phrases : la déclarative courte qui referme un paragraphe comme une porte qui se ferme, le goût pour énoncer une chose impossible sur la voix la plus plate disponible. Le dire à voix haute paraît présomptueux. Un homme qui a construit une bibliothèque sans murs ne s’imite pas par accident, et revendiquer son rythme comme influence appelle la question évidente de ce que je crois précisément être en train de faire. Je le crois quand même. …

L'Ingénieur Revient — Sur l'Arrêt, la Survie et le Retour avec les LLM

L'Ingénieur Revient — Sur l'Arrêt, la Survie et le Retour avec les LLM

Certaines idées ont la mauvaise taille pour les formes disponibles pour les contenir. Un poème comprime trop fort — on esquisse le plan d’une maison qu’on ne construira jamais. Un livre exige le problème inverse, non pas du métier mais de l’infrastructure : un éditeur, une bourse, une année sabbatique, un conjoint capable de porter le crédit pendant qu’on se dispute avec le chapitre sept pendant deux ans. Montaigne a résolu exactement ce problème au seizième siècle en inventant une forme pour lui — l’essai, littéralement une “tentative”, à la taille d’une idée plus grande qu’une strophe et plus petite qu’un traité, publié sans ordre particulier, révisé d’édition en édition, admettant sur la page que l’auteur n’avait pas fini de penser. C’est, sur le papier, le contenant parfait pour quelqu’un dont les idées ne rentrent proprement nulle part ailleurs. …