BS — La manière anglaise et élégante de nommer le mensonge

BS — La manière anglaise et élégante de nommer le mensonge

Le mot anglais “BS” est devenu l’une des insultes les plus efficaces de la langue. Ce n’est pas simplement un synonyme de mensonge. C’est une manière de refuser le poids sale d’un mot plus vulgaire tout en continuant à nommer la même condition. En espagnol, mierda porte l’odeur du corps et de la rue. En français, merde porte la brutalité de la matière et la dignité laide du réel. L’anglais nous donne BS, net, abstrait, presque courtois. C’est une façon très élégante de dire qu’une chose est pleine d’air. …

Des hiéroglyphes à l'emoji — Le retour de l'image à l'ère du texte

Des hiéroglyphes à l'emoji — Le retour de l'image à l'ère du texte

Envoyez un message qui dit « ça va » et l’autre y lira de la contrariété. Envoyez « ça va 🙂 » et il y lira quelque chose de plus proche de ce qui était voulu, bien que le mot n’ait pas changé d’un iota. La petite frimousse jaune a fait plus de travail grammatical en un seul signe qu’un adverbe n’en ferait dans toute une phrase — chose étrange pour une espèce qui a passé près de cinq mille ans à s’ingénier à sortir de l’image. …

Ce que l'on perd à ne pas traduire — Éveillisme, Oint-isme et le prestige des noms étrangers

Ce que l'on perd à ne pas traduire — Éveillisme, Oint-isme et le prestige des noms étrangers

Faites une substitution simple : partout où apparaît le mot « bouddhisme », écrivez « éveillisme ». Partout où apparaît « christianisme », écrivez « oint-isme ». Rien n’a changé dans les deux religions — seul le nom, traduit plutôt que translittéré. Et pourtant quelque chose casse. Éveillisme sonne comme une retraite bien-être. Oint-isme sonne comme une secte marginale. L’exercice ne coûte rien et révèle beaucoup : combien de l’autorité d’un nom vient non de ce qu’il signifie, mais du fait que, pour l’oreille francophone, il ne signifie rien du tout. …

Sommes-nous pleins de sornettes ? — Borges et le paradoxe de la réalité intersubjective

Sommes-nous pleins de sornettes ? — Borges et le paradoxe de la réalité intersubjective

En 1940, Borges publia ce qui n’est pas tout à fait une histoire. « Tlön, Uqbar, Orbis Tertius » — recueillie quatre ans plus tard dans Ficciones — commence par la découverte d’une référence à un pays, Uqbar, dans une édition légèrement différente d’une encyclopédie. Le pays n’apparaît dans aucune autre édition. Le pays, dans tout sens vérifiable, n’existe pas. Cela conduit, à la manière borgésienne habituelle, à la découverte de quarante volumes décrivant une planète entière — Tlön — dont l’existence est également invérifiable, mais dont les philosophes, les langues et la physique sont décrits avec la patience de quelque chose qui a eu des siècles pour se développer. Et puis Tlön commence à apparaître dans le monde physique. Une boussole. Un cône de métal. Aux dernières pages du récit, le monde fictif a commencé à réécrire le monde réel : des érudits étudient l’histoire tlönienne, des enfants apprennent sa géographie, une génération émerge pour qui Tlön est plus réel que le pays où ils sont nés. …