Fernanda del Carpio — La Rectitude, l'Ordre, et le Prix d'Avoir Raison

Fernanda del Carpio — La Rectitude, l'Ordre, et le Prix d'Avoir Raison

Les lecteurs de Cent ans de solitude ont tendance à ranger Fernanda del Carpio dans la case l’insupportable et à passer à autre chose. C’est un réflexe compréhensible et une petite lâcheté, car elle est le personnage du livre dont la conduite se défend le plus facilement sur le papier. Elle tient la maison propre. Elle protège le nom de la famille. Elle impose le deuil, la décence, les horaires, la prière. Presque tout ce qu’elle fait peut se justifier par un principe, et presque tout ce qu’elle fait cause des dégâts. Gabriel García Márquez l’a construite comme une machine destinée à démontrer que ces deux faits sont compatibles. …

Le Linceul d'Amaranta — Certitude, Annonce et le Soulagement de la Mort

Le Linceul d'Amaranta — Certitude, Annonce et le Soulagement de la Mort

Dans Cent ans de solitude, Gabriel García Márquez met en scène l’une des visites domestiques les plus étranges de la littérature. La Mort se présente à la porte d’Amaranta Buendía non comme un spectre ni comme un accident, mais comme une femme courtoise porteuse d’une information précise : Amaranta mourra le jour où elle achèvera de tisser son propre linceul. Amaranta ne panique pas. Elle tisse le jour et défait son ouvrage la nuit, s’achetant du temps non par peur mais pour régler ses affaires, et lorsqu’elle s’autorise enfin à terminer le tissu, elle se baigne, l’enfile, s’allonge et meurt sans drame. On lit souvent la scène comme de la magie pour elle-même. Elle est plus proche d’une expérience de pensée : que devient la peur de la mort quand on retire la seule variable qu’on lui supposait — ne pas savoir quand. …