Le Contrat de Schéhérazade — L'Emploi Comme un Récit Qui Ne Peut Pas Finir

Le Contrat de Schéhérazade — L'Emploi Comme un Récit Qui Ne Peut Pas Finir

Le travail moderne n’est pas seulement un contrat de labeur. De plus en plus, c’est un récit qu’il faut maintenir en vie d’un jour à l’autre. L’image, c’est Schéhérazade dans Les mille et une nuits. Elle survit en racontant au roi une histoire si captivante qu’il repousse son exécution pour en entendre la fin. Le récit ne peut jamais se clore. Chaque nuit achète un matin de plus. Aucun salarié n’est littéralement Schéhérazade, et un licenciement n’est pas une exécution — l’analogie s’effondrerait si on la poussait aussi loin. Mais la structure de l’incertitude se transpose sans effort : la survie dépend de la capacité à maintenir une autorité intéressée par un avenir qui n’est pas encore arrivé. Le nouveau projet, l’initiative stratégique, le gain de productivité chiffré, les compétences acquises sur une soirée libre, le courriel enthousiaste envoyé au responsable — tout cela fonctionne comme un versement de plus dans le même récit continu. Le salarié ne se contente pas de faire son travail. Il prouve sans relâche qu’il y aura encore, demain, une raison de le garder. …

Le Fruit à Portée de Main — IA, Automatisation de Bureau et le Prochain Choc de l'Emploi

Le Fruit à Portée de Main — IA, Automatisation de Bureau et le Prochain Choc de l'Emploi

L’imaginaire collectif situe volontiers le danger de l’intelligence artificielle à l’extrémité la plus lointaine de l’échelle : armes autonomes, une machine qui dépasse l’intelligence humaine, quelque chose avec un châssis qui marche dans la rue. Ces scénarios méritent l’attention qu’on leur porte. Mais le premier grand choc social a plus de chances d’arriver par une voie sans aucune valeur cinématographique — le travail ordinaire déjà accompli dans les messageries, les tableurs, les files de tickets et les petits outils internes qui font tourner un bureau moderne. …