Borges et les fictions que nous habitons — Idées, possible et images fabriquées par les machines

Borges et les fictions que nous habitons — Idées, possible et images fabriquées par les machines

Dans le prologue du Jardin aux sentiers qui bifurquent (1941), première moitié de ce qui deviendrait Fictions, Jorge Luis Borges qualifie de « délire laborieux et appauvrissant » le fait de composer de vastes livres, de déployer en cinq cents pages une idée dont l’exposé oral tiendrait parfaitement en quelques minutes. Mieux vaut, poursuit-il, feindre que ces livres existent déjà et en offrir un résumé, un commentaire. Plusieurs des récits qui suivent font exactement cela. Ils recensent des romans que personne n’a écrits, annotent des encyclopédies jamais imprimées et dressent la bibliographie d’un auteur qui n’a pas vécu. …

Retrouvailles avec Borges — Sur la découverte de mon propre style

Retrouvailles avec Borges — Sur la découverte de mon propre style

Pendant la plus grande partie de ma vie, j’ai lu Jorge Luis Borges comme on visite une cathédrale à laquelle on n’appartient pas : chapeau à la main, admirant la voûte, conscient que l’édifice n’a pas été construit pour vous. Un labyrinthe à parcourir et à décrire de l’extérieur, pas une voix à habiter de l’intérieur. Quelque chose a changé. Je ne sais pas nommer la cause — l’âge, la distance prise avec les livres qui m’avaient autrefois impressionné pour de mauvaises raisons, ou simplement assez de relectures pour cesser de jouer la révérence et commencer réellement à écouter — mais en y revenant maintenant, je le trouve sobre plutôt qu’ornemental, et je surprends sa cadence guider tranquillement mes propres phrases : la déclarative courte qui referme un paragraphe comme une porte qui se ferme, le goût pour énoncer une chose impossible sur la voix la plus plate disponible. Le dire à voix haute paraît présomptueux. Un homme qui a construit une bibliothèque sans murs ne s’imite pas par accident, et revendiquer son rythme comme influence appelle la question évidente de ce que je crois précisément être en train de faire. Je le crois quand même. …